Vivre l’esprit de service à l’occasion des maraudes…

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à  18h15 à l’Institut Serviam, c’est le moment de vérifier que rien ne manque : sucres, touillettes, dosettes de café, gâteaux, sachets de thé, et surtout… thermos.

Ce soir, nous sommes trois du foyer à rejoindre les jeunes de l’association Sant’Edigio pour faire les maraudes dans le quartier. Il fait froid, sans doute verrons-nous peu de monde. Cela sera une raison de plus pour bien prendre le temps de discuter avec les personnes SDF que nous rencontrerons.20160304_204531

Les maraudes commencent toujours par un temps de prière ensemble dans l’église Saint Séverin. Il est en effet essentiel pour nous de prendre des forces en écoutant la Parole de Dieu et de nous laisser envoyer par Lui vers nos frères des rues. Sans cette invitation du Seigneur, les maraudes seraient au-dessus de nos forces, seul Lui nous donne, en effet, la grâce d’avoir à apporter à nos frères autre chose qu’un simple café, seul Lui, en effet, nous permet d’avoir aussi la force de recueillir à notre tour les détresses et les joies qu’ils peuvent nous confier.

The Ascension - Luke 24:50-51

A la sortie de l’église, nous retrouvons d’autres volontaires pour cette nuit. Nous nous répartissons en petit groupes afin de mieux « quadriller le quartier » et de « n’oublier personne ». Avec les étudiantes de Serviam nous avons l’habitude de prendre la zone du boulevard Saint-Michel.

Ce soir sur le boulevard, nous avons finalement vu plus de monde que je ne l’avais pensé. Parmi ces rencontres, il y a eu François* tout d’abord. Il nous a partagé sa joie d’avoir été accepté pour résider ces prochains mois dans le logement mis à disposition par une paroisse du quartier via le programme « hiver solidaire ».

Il y a eu aussi Nicolas* avec sa chienne Gilberte. Il était tout heureux de ses nouvelles acquisitions : un duvet militaire et un sac de randonnée grand et costaud pour lequel il mettait de l’argent de côté depuis des mois.

Nous avons vu aussi Anthony*. Il est en fauteuil roulant depuis peu. Ce soir, il était déprimé, énervé, il espérait pouvoir bénéficier d’un logement pour l’hiver et on lui a refusé : « votre fauteuil n’est pas adapté à notre logement » lui a-t-on dit. Anthony n’arrêtait pas de dire ce soir « parce que mon fauteuil est adapté à la rue ?? ». Il grelottait encore de froid et de colère quand nous avons dû le quitter.

Enfin, nous avons rencontré Abdel* et son ami qui installaient leurs sacs de couchage pour la nuit. C’était la première fois que nous les rencontrions et ils étaient visiblement heureux d’avoir un peu de compagnie. Une des étudiantes du foyer a même reçu un cadeau de la part de l’ami d’Abdel : un jouet faisant de la musique et représentant une maison enneigée.

Il y a eu d’autres rencontres, mais nous n’avons pas vraiment pu discuter : des étrangers, des roumains pour la plupart, ne parlant pas français.

groupe maraudes 2016

En rentrant au foyer vers 21h, le contraste est saisissant : il fait chaud, notre repas nous attend et tout est si propre, si beau… Ce contraste m’interroge, il me révolte aussi parfois je l’avoue, il n’est pas question de le nier … ni de se laisser emporter par ses émotions…

Ce que nous faisons ne change pas la face du monde, et cela semble même à certains une « perte de temps », car sans doute hélas comme le dit Jésus dans l’Evangile « des pauvres, il y en aura toujours ». Et puis nous n’offrons pas de travail, pas de logement, pas d’argent. Ce sont « simplement » quelques gouttes d’attention et d’amour dans un océan d’indifférence et de misère… Mais ces rencontres apportent un peu de chaleur à François, à Nicolas, à Anthony, à Abdel et à d’autres, et cela nous ouvre le cœur à nous aussi, et tout cela, ça n’a pas de prix.

Sœur Stéphanie

* Les prénoms des personnes SDF ont été changés.

2016-11-14T13:39:51+00:00 16 mars 2016|Actualites|